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Différanciant |
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Présentation : |
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« C’est un garçon, c’est une fille » : comme le souligne Beatriz Preciado dans « Manifeste Contra-sexuel » (Editions Balland) avec bien d’autres auteurs (J.Butler, Pat Califia etc.), ce sont ces mots, les premiers entendus, qui nous désignent lorsque nous sommes connus, reconnus, et aujourd’hui souvent même avant la naissance. On serait « garçon », ou « fille », selon une conception quasi ontologique de la différence sexuelle, où « être » c’est être au masculin ou au féminin. Féminin, masculin seraient un genre dans l’être, et non seulement un attribut que chacun « aurait », comme la couleur des yeux ou d’autres caractéristiques qui nous différencient. On « est » (et on naît) garçon, fille, et on « a » des cheveux clairs, des yeux noirs etc… Pourquoi – et comment – cette ontologisation de cette différence (du genre humain) en deux genres, féminin ou masculin, opère-t-elle ainsi ? Pourquoi l’identité sexuelle est-elle la première affirmée avant toute identité ( y compris familiale, raciale, de classe, voire de nom ou de prénom etc) ? Avant d’être un fait (apparent), une réalité « objective » (par exemple anatomique ?), ce geste qui marque et remarque l’identité (sexuelle) par la différence, ce geste est un geste linguistique. Avant d'être anatomique (et peut-être « pour » l'être), la distinction des genres féminin et masculin est une distinction grammaticale, et en fait grammatologique, pourrait-on dire depuis la « différance » réfléchie par Jacques Derrida. Avant d'être objective (si elle l'est jamais), cette distinction est une construction sociale, linguistique, anthropologique, idéologique... Il y a là plus qu'une banalité : insister sur le féminin/masculin comme construction, le rappeler sans cesse, ne pas le refouler, c'est un geste qui dé-fétichise la différence sexuelle et, avec elle, les représentations qui font le contraire et qui affirment cette différence comme une évidence « naturelle », fétichisée. Il s'agit, dans ce numéro de Pholitiques, de prendre cela au sérieux, le plus possible, le plus loin possible, et d'analyser les conséquences d'une déconstruction de cette opération qui distribue l'ordre humain en féminin ou masculin. Prendre cela au sérieux, et explorer ce processus du « différanciant », qui donne donc son titre à l'ensemble de ce numéro... Comme on le sait au moins depuis Marx, cette naturalisation d'un phénomène qui ne l'est pas, est l'indice du travail de l'idéologie. C'est un geste « politique » qui, en particulier ici, articule le sexuel dans le politique. Dans la relation éducative, dans la relation familiale, dans les discours psychologiques, dans la vie quotidienne, cette opération d'attribution de genre est le plus souvent affirmée comme « naturelle ». Or ce genre, affirmé et naturalisé, est-ce ce qui fait « être », ou est-ce ce qui « aliène » l'identité à un genre auquel, pour être, on « s'identifie »? Alors « être » n'est-ce que s'identifier ? Mais alors aussi, cette construction pour laquelle sont mobilisés tous les « appareils idéologiques », n'est-ce pas ce qu'il faudrait interroger? D'où vient l'idée que masculin signifie ceci ou cela, et féminin de même? Qu'est ce qui nous assigne là? L'identité et la sexualité ne sont-elles que des jeux de rôles, et même pas perçus comme tels? Une mascarade? On essaiera, dans ce numéro, d'explorer cela par un autre biais : la possibilité d'une déconstruction du genre, comme condition pour que la pratique éducative, thérapeutique, parentale et aussi bien affective, amoureuse ou sexuelle, soit autre chose que la répétition crédule d'un (mauvais) genre qui assigne (ou assassine?) chacun. Depuis quelques années, on a vu se développer en France des auteurs et parfois des groupes, saisis par cette question, et attachés à la reformuler sous une forme renouvelée. L'approche de certains d'entre eux (ou elles) est parfois une singulière expérience, où le discours « politique », voire « hyper »politique (?) sur cette question, semble être en décalage avec la « pratique », comme si la « France » (ou l'Europe), dans sa manière d'ingérer les enjeux de la subjectivité (selon un geste qui ne cesse de se répéter depuis Descartes) avait cet art de poser en même temps un vrai problème et de le déposer. On réfléchira peut-être, dans ce numéro, sur ceux qui s'auto-définissent comme « activistes » des questions de genre, mais dont l'activité sexuelle, en l'occurrence – et si elle existe-, est « muette », submergée par une théorisation et une politisation « internationale », singeant, jusque dans sa langue, la mondialisation...On verra comment faire autrement...
Ce numéro de Pholitiques est construit depuis une expérience menée depuis plusieurs années, à travers des séminaires, des colloques, des rencontres, que les textes veulent autant que possible refléter. C'est en fait au moins un quintuple numéro ! On peut le lire comme suit :
1) « FEMININ-MASCULIN » : depuis un séminaire sur ce thème, mené dans un centre de formation pour travailleurs sociaux (AFERTES Arras); 2) « STIGMAQUEER », depuis un débat organisé par le CCOMS à Nice; 3) « FAUT-IL QUEERISER LA PSYCHIATRIE? », depuis une intervention dans le séminaire « Psychiatrie et Homosexualité : science et genre » (Maison des sciences de l'Homme Paris Nord, séminaire de Stéphane Nadaud, Richard Rechtman, Yves Sarfati)); 4) « RENCONTRER », depuis un autre séminaire autour de ce thème; 5) « LIRE BEATRIZ PRECIADO », depuis une republication d'une lecture de « Manuel Contra-sexuel » et de « Testo-Junkie ».
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