Je suis naïf, tout ce que les gens me disent, je le prends au sérieux, et cela me joue des tours ; ce que l’on me dit, je le crois, et avec ça, je suis susceptible, j’ai l’habitude de prendre, la plupart du temps, les méchancetés que l’on me dit au premier degré alors que personne ne le pense. J’ai un visage assez vallonné, tout d’abord à cause de mon nez, mon énorme nez devrais-je dire, puis, pour les incontournables monstres de mon front : les boutons. J’ai les cheveux noirs, crépus, et en plus, je mets du gel, ce qui les rends bouclés à tel point que l’on dirait que mon crâne est surmonté de crottes de lapin. Je suis d’une rare agressivité, prétentieux, menteur et fourbe J’ai un caractère impulsif sous le signe du guerrier, du bélier plutôt dominateur. La plupart du temps, je suis d’extrême mauvaise foi quand je perds à n’importe quel jeu. Lorsque je souris, mes dents ? On dirait un damier car noir et blanc sont les couleurs de ma denture. J’ai d’énormes pieds, cela m’ennuie, car je trébuche toujours. Mes parents disent que je suis une adolescente bornée car je veux toujours avoir raison sur n’importe quel sujet. Je suis en proie à une timidité maladive, bien que née un 9 août sous le signe du Lion, d’ordinaire fier et sûr de lui. Je viens d’avoir quinze ans, l’âge de l’adolescence. Je suis donc dans une période critique, victime de la paranoïa la plus profonde : j’analyse tous les regards jetés sur moi comme des critiques.  Je suis la caricature même de l’adolescente soucieuse de son physique et du regard des autres. J’ai quinze ans, l’âge de l’acné et des rebellions. Mes yeux sont bruns foncé, et ont tendance à se montrer chassieux ; mon teint est rougeaud ; j’ai honte d’une fâcheuse tendance à avoir les oreilles écarlates lorsqu’on me pose des questions embarrassantes. J’ai toujours trouvé que j’avais un gros nez, juste à  l’endroit où je pose mes lunettes, enfin, au moins, elles tiennent bien. A cela s’ajoute une multitude de boutons, tantôt suintant, tantôt s’épanouissant sur les parties les plus incongrues de mon visage. Ils détruisent systématiquement le peu de confiance que j’ai en moi. Je cherche à cacher mes jambes arquées dues non pas à une longue pratique  de l’équitation mais à une erreur de la nature et passe du temps à choisir  méticuleusement des pantalons larges. Pour compenser ce physique ingrat, je cultive un certain anti-conformisme alors que, somme toute, j’ai peur de me distinguer des autres. Lorsque je dois me mettre au travail sans plaisir, j’ai devant cette contrainte, instauré un rituel : je me balance sur ma chaise, me gratte la tête comme si j’étais plongé dans la plus grande réflexion, je fais reposer ma mâchoire dans ma main, le bras accoudé sur ma table, signe d’un profond intérêt feint. Je dois toujours passer avant les autres, d’abord et toujours moi.

Я